Les fleurs bio et équitables
(mai 2007)Nous aimons les fleurs... un peu, beaucoup, passionnément ! En 2005, les Belges ont acheté pour 422 millions d’euros de fleurs et de plantes. Mais ces roses, chrysanthèmes, œillets ou frésias que nous offrons et recevons avec tant de plaisir sont issues de cultures très polluantes. En plus, elles nous viennent souvent de pays lointains, où elles sont cultivées dans des conditions extrêmement pénibles pour les travailleurs.
Un bilan CO2 lourd
Une grande partie des fleurs à couper que nous trouvons aujourd’hui chez les fleuristes nous vient de pays comme le Kenya, la Colombie, l’Équateur et le Zimbabwe, qui sont les plus grands producteurs. Des avions remplis de fleurs décollent aussi depuis la Zambie, la Thaïlande, l’Inde, l’Afrique du Sud... direction l’Europe. Ces fleurs transitent souvent par la Hollande pour être ensuite vendues dans d’autres pays européens. Bref, les fleurs circulent et il est difficile de savoir d’où vient ce joli bouquet que nous venons d’offrir.
L’impact environnemental des fleurs dépend beaucoup du mode de culture et du transport. Si les conditions climatiques des pays du Sud sont idéales, ici, les cultivateurs utilisent des serres chauffées. Quant au mode de transport, on estime que 85% des fleurs importées arrivent en avion, les autres en camion.
Ceci dit, les choses ne sont pas simples. Figurez-vous qu’une rose, cultivée en Hollande, sous serre chauffée, produit deux fois plus de CO2 (670 g) que la même fleur importée du Kenya par avion …
La culture en serre demande en effet énormément d’énergie. Les fleurs aiment avoir bien chaud et ont besoin de beaucoup de lumière. Après la récolte, les fleurs sont très fragiles et ont besoin d’être réfrigérées en permanence. De l’énergie est nécessaire aussi pour faire fonctionner des machines et parfois pour le séchage.
Culture toxique... et non éthique
Lors de la culture des fleurs, l’environnement est pollué par les engrais synthétiques et surtout les pesticides utilisés qui, en plus, nuisent gravement à la santé des travailleurs. Pour plusieurs raisons, la situation dans les pays du Sud est dramatique :
- Les pesticides qui y sont utilisés sont bien souvent plus puissants et plus toxiques que ceux utilisés chez nous. Beaucoup d’entre eux sont des substances cancérigènes ou mutagènes avérées. Plusieurs pesticides interdits ici (par exemple le Parathion, le bromure de méthyle...) y sont couramment utilisés. A cela s’ajoute l’utilisation illégale de certains pesticides interdits dans les pays en question.
- La culture à ciel ouvert (plutôt qu’en serre non chauffée) favorise la propagation des maladies (ce qui incite à traiter plus) ainsi que la dispersion de la pollution.
- Les travailleurs n’utilisent pas toujours des protections adéquates : ils ne sont pas informés, sont souvent analphabètes, l’entreprise ne prend aucune mesure de sécurité...
Les travailleurs sont contraints d’accepter des conditions de travail déplorables :
- L’exposition aux pesticides : ces produits sont pulvérisés 2 fois par semaine. Une demi-heure après le traitement, tout le monde est prié de reprendre le travail... et il n’y a pas toujours de quoi se protéger. Beaucoup de travailleurs souffrent de façon chronique de maux de tête, problèmes de peau, vision brouillée, pertes d’équilibre, insomnies, nausées, troubles de mémoire, dépression... ou sont confrontés à plus long terme au cancer ou à des maladies respiratoires, cardiovasculaires ou nerveuses.
- Les salaires sont si bas que la plupart des travailleurs vivent dans une pauvreté absolue. Ils n’ont aucune protection sociale, n’ont pas la possibilité de se syndiquer, travaillent de longues journées, sont employés en général sans contrat...
- La plupart des personnes qui travaillent dans ce secteur sont de jeunes femmes. Elles risquent de subir des intimidations sexuelles ou un test de grossesse obligatoire. Chez celles qui attendent un enfant, les fausses couches et malformations congénitales sont fréquentes.
Quelles fleurs acheter ?
Aussi abominables que soient les conditions de travail, la culture des fleurs permet à ces femmes d’avoir un travail payé. Un boycott n’est donc peut-être pas la voie toute indiquée pour faire changer les choses.
Quelques pistes ...
- Demander des fleurs de saison, cultivées localement : par exemple des fleurs à bulbes au printemps, des tournesols en été et des chrysanthèmes en automne.
- Demander des fleurs issues du commerce équitable qui offre une rémunération plus juste et des conditions de travail correctes aux travailleurs, garantit leurs droits fondamentaux et investit dans l’épanouissement des communautés locales.
- Les fleurs bio sont garanties sans biocides, sans engrais synthétiques, sans OGM. Engrais organiques, lutte biologique, choix judicieux des variétés et bien d’autres techniques permettent une culture plus respectueuse de l’environnement et de la santé - la nôtre et celle des travailleurs. Elles ne sont pas encore faciles à trouver.
- En culture conventionnelle, les fleurs à bulbes comme l’hyacinthe ou le lys sont en partie cultivées en plein air pendant la bonne saison, ce qui permet déjà de réduire de 10 fois la consommation d’énergie.
- Acheter des fleurs qui durent longtemps, comme l’amaryllis, l’anthurium (langue de feu) ou le chrysanthème. Attention aux tulipes, narcisses et iris : ces fleurs-là flétrissent très vite.
- Acheter moins de fleurs en même temps : quelques fleurs ou une seule fleur bien présentées peuvent faire un aussi bel effet qu’un gros bouquet.
- Considérer l’achat d’un autre type de cadeau, qui durera plus longtemps. Besoin d’idées ? Consultez notre dossier de « L’Art d’Eco-consommer » "Les cadeaux durables".
- Réserver un coin de son jardin pour faire pousser ses propres fleurs à couper... et pourquoi pas faire des bouquets avec des branches d’arbustes ? Houx, cornouiller, fusain, sureau, prunellier et bien d’autres partageront volontiers un peu de leur verdure et fleurs avec vous. Des associations spécialisées peuvent vous conseiller.
Prenez bien soin de vos fleurs :
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Quid des labels ?
- Les fleurs bio, labellisées Biogarantie : peu disponibles actuellement.
- Les roses labellisées Max Havelaar, cultivées selon les règles du commerce équitable : chez Carrefour et Super-GB.
- Label FLP (Flower Label Program) : ce label est basé sur un code de conduite qui s’inspire des règles de l’Organisation Internationale du Travail. Il garantit le respect de certains critères sociaux et environnementaux et est contrôlé via des audits indépendants. Les fleurs labellisées ne sont disponibles actuellement que dans la partie germanophone du pays.
Plus d’infos :
Sur les roses équitables : www.maxhavelaar.be
Sur les fleurs labellisées FLP : www.fairflowers.de
Jardiner autrement, adresses de pépinières :
- www.natpro.be
- http://www.lafeuillerie.be/exposants.php
Fiche basée sur le dossier de la campagne "Blije Bloemen" : http://www.blijebloemen.be/
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