Mobilité durable

L’Art d’éco... consommer n°44 - Dossier
(12 janvier 2009)

2009 est là ! Et avec elle toutes ses bonnes résolutions. Peut-être parmi elles la décision de diminuer son empreinte écologique. Par ailleurs dans quelques jours, le Salon de l’auto ouvrira à nouveau ses portes. Il sera consacré aux "utilitaires légers, véhicules de loisirs et motos ". Mais quels loisirs ? Ceux nécessitant un 4x4 ou une décapotable ?

En marge du salon, nous vous proposons dans ce dossier une réflexion sur la mobilité douce. Comment l’appliquer à nos modes de vie ? Que font les pouvoirs publics pour l’encourager ? Comment la pratiquons-nous au quotidien ? Des questions essentielles à l’heure où le transport représente le premier facteur d’accroissement de la consommation d’énergie, et ne semble subir aucun obstacle.

5 millions de voitures : et moi et moi et moi…

Source : Direction générale Statistique et Information économique et SPF Mobilité et Transports (DIV).

Le nombre de véhicules particuliers est en constante augmentation et avec lui les embouteillages, les nuisances sonores, l’occupation grandissante de l’espace, la destruction des paysages, le coût gigantesque des infrastructures, etc. Auxquels s’ajoute désormais la participation aux changements climatiques. Car même si le parc automobile belge est de meilleure qualité du point de vue de ses émissions de CO2 et autres particules, le nombre croissant de véhicules en circulation réduit à néant cet effort et les gaz à effet de serre (GES) émis par le transport ne cessent d’augmenter. Ce qui n’est bon ni pour le climat ni pour notre santé, sachant que la pollution de l’air tue deux fois plus que les accidents de la route.

L’augmentation du nombre de voitures n’est pas le seul facteur responsable, les distances parcourues pour effectuer les tâches de la vie quotidienne (faire les courses, emmener les enfants à l’école, se rendre au travail ou à une activité de loisirs…) augmentent également. En cause principalement, l’exode rural et la périurbanisation grandissante.

En effet, nous habitons de plus en plus loin des villes et des lieux de travail alors que plus de 59% de la population utilise la voiture pour s’y rendre. Pour les citadins c’est, entre autres, l’essor des grandes surfaces commerciales situées en dehors des villes qui appelle les déplacements en voiture, car souvent peu ou pas desservies par les transports en commun, et merveilleusement bien « pensées » pour l’accueil des voitures.

On comprend dès lors que le problème de la voiture ne se résume pas à la substitution du pétrole et que la norme EURO5 (1) ne peut représenter qu’une petite partie de solution. Le problème de mobilité appelle une réelle réflexion sur l’organisation urbaine et la qualité de vie qui en découle.

Pour tenter de trouver des pistes de solution(s) à cette impasse, la notion de relocalisation est de mise. Que ce soit au niveau des services, du lieu de travail, des magasins, il serait intéressant de voir dans quelle mesure ceux-ci pourraient se rapprocher les uns des autres et de notre lieu d’habitation. A Bruxelles par exemple, où tout est proche et où l’offre de transport public est de qualité, l’utilisation de la voiture privée diminue de 13% par rapport au reste de la Belgique. Autre exemple : au SPF Mobilité, ce ne sont pas moins de 91% des employés qui utilisent les transports en commun pour se rendre au travail grâce à une centralisation de ses services autour d’un nœud de transports en commun. Même en tenant compte de la sensibilisation préalable des employés, cela reste éloquent. Dans certaines villes, comme à Gand, la voiture est bannie d’une grande partie du centre historique. La part belle est laissée aux piétons, cyclistes et jeux d’enfants, permettant au cœur de la cité de battre à un rythme humain.

Même si ce n’est pas suffisant, l’aménagement du territoire a donc également un grand rôle à jouer. Mais notons qu’aucune transformation ne sera soutenable sans la participation des premiers intéressés, les habitants.

Quel mode de transport adopter ?

D’après une étude de 2006 réalisée la FEBIAC (2) et TML (3), la demande de mobilité globale ira en s’accroissant. En réponse à ce constat, privilégions, autant que possible, les modes de déplacement doux, tels que la marche, le vélo... On peut retrouver le plaisir d’aller chercher le pain en famille, profiter d’aller poster une lettre pour faire un peu d’exercice… La vie rurale invite d’autant plus à se remettre en selle, les sentiers reprennent leurs droits petit à petit et les petites rues des communes représentent un beau potentiel en termes de mobilité douce.

Si l’on vit en ville, il ne faut pas négliger le caractère « aventureux » du vélo. Inutile de nier qu’il n’est pas inné de se déplacer en toute sécurité en pleine ville aux heures de pointe. Il est néanmoins donné à tout le monde de s’y essayer et de l’adopter ! Pouvoir doubler les voitures lors des embouteillages et rentrer chez soi en deux fois moins de temps qu’en voiture, ça motive !

Pour les trajets plus longs et réguliers, pensons transports en commun. Si l’arrêt le plus proche est à plus de 300m, on peut envisager de s’y rendre à vélo. Si des aménagements sont prévus on pourra l’y laisser, ou bien on l’emporte avec soi s’il nous est utile pour rejoindre la destination finale. La plupart des transports les acceptent moyennant un supplément, voire sans supplément s’il s’agit d’un vélo pliable ou selon les heures de la journée.

En fait, il n’existe pas un mode de déplacement idéal, la meilleure solution résulte souvent d’une combinaison. A nous d’organiser celle qui nous convient le mieux en exploitant au maximum ce qui est à notre disposition. Il est essentiel d’avoir une vue globale de l’offre afin de créer sa propre combinaison, il devient utile de pouvoir jongler avec les différents modes de transport proposés, les horaires, une bonne connaissance du territoire, un minimum de sens de l’orientation… Des cartes des réseaux sont disponibles, on peut même simuler son trajet sur les sites des transports en commun afin de trouver la combinaison la plus efficace. Ces habitudes sont d’autant plus faciles à prendre qu’on les a expérimentées tôt dans la vie !

Si le confort de la voiture reste malgré tout un argument de poids, les transports en commun offrent d’autres avantages non négligeables, surtout pour nos trajets réguliers comme le déplacement domicile-travail.

Le premier, qui n’est plus à démontrer, est le coût. Un autre élément que l’on oublie souvent c’est le stress. Une fois assis dans le train ou le bus, on n’a plus à se soucier du trafic, on peut consacrer ce temps à la lecture, aux bavardages ou au travail pour les plus motivés ! Souvent, ce moment de la journée représente une occasion de se détendre avant ou après une journée de travail, n’ayant pas dû subir les embouteillages ou autres incivilités des conducteurs. La qualité de vie peut réellement s’en voir améliorée !

Ces conditions sont évidemment idéales, ne tenant pas compte des retards, conditions météo difficiles etc. Ces derniers jours en ont été la preuve. Au final, sont à mettre dans la balance : le temps réellement gagné, le stress, le coût et le geste pour la planète. L’amélioration de l’offre fait cependant partie des préoccupations premières des transports en commun.

Le meilleur de chaque monde

Aux transports en commun peut venir se greffer la solution de voiture partagée, qui s’avèrera utile et pratique pour se rendre dans un endroit non desservi par les transports en commun ou pour transporter des objets encombrants. Une solution qui reste la plupart du temps bien plus économe que de conserver sa voiture particulière, d’autant plus lorsqu’on sait qu’une voiture particulière est utilisée en moyenne 4,5% de son temps.
Vous pouvez de vous même constituer un groupe de partage ou vous abonner à un service existant.

Deux sites proposent de calculer les économies réalisées en fonction de vos utilisations :

Envisagez aussi de partager votre voiture avec vos collègues ou voisins qui se rendent au même endroit que vous. Grâce au covoiturage, on peut améliorer le taux moyen d’occupation des voitures, qui est de seulement 1,4 personnes et diminuer ainsi le nombre de voitures sur la route et par la même occasion les émissions de CO2 et les embouteillages…

Avant de prendre la voiture, il n’est pas négligeable de se poser une question : ce déplacement est-il vraiment indispensable  ? Ne peut-on pas le combiner avec un ou plusieurs autres trajets ? La notion de besoin apparaît ici : pouvoir faire la différence entre ce dont nous avons réellement besoin, ce dont nous pensons avoir besoin et ce dont nous avons envie. Il ne s’agit cependant pas de renoncer à toutes nos envies, mais peut-être de les envisager autrement.

Des initiatives d’entreprises

Le Plan de Déplacement d’Entreprise (PDE)
Au niveau fédéral, une loi (AR 8/4/2003) oblige les entreprises, tant publiques que privées, de plus de 100 personnes à transmettre des données relatives aux déplacements domicile-travail des travailleurs.
Voir à ce sujet le site de la Cellule mobilité de l’Union Wallonne des Entreprises : www.uwe.be

Le « Friday bikeday »
Initié en 2007, ce concept propose, dans la mesure du possible, d’abandonner sa voiture le vendredi au profit du vélo pour se rendre au travail. Pour inciter les travailleurs, la société peut offrir à ses « cyclistes » un kit complet comprenant le gilet fluo, le casque et un cadenas. Evidemment, ce concept peut s’étendre aux autres jours de la semaine. En collaboration avec la société de transports en commun, on peut envisager un mois d’abonnement gratuit pour tester la multimodalité (vélo+bus).

Le « railease »
Une entreprise a demandé à sa société de leasing d’imaginer une solution qui combine la voiture de leasing et le train. D’une collaboration avec la SNCB est né le concept « railease  » qui comprend un package pour la voiture de leasing et un budget pour des billets de train. Ce sont les utilisateurs qui déterminent eux-mêmes quand ils prennent la voiture ou le train pour se rendre au bureau.

Proposer des vélos de société
Surtout pour les citadins, la voiture de société ne représente pas toujours un avantage. Le choix d’un vélo de qualité peut alors se profiler comme meilleure solution. Combiné à un abonnement aux transports en commun et assorti de tous ses accessoires, le vélo donne naissance à un concept qui semble répondre aux critères de mobilité durable. La société peut envisager d’installer des abris à vélos, situés plus près des entrées que les places de parking.

Et l’éco-conduite ?
Tenant compte du postulat que la voiture fera encore partie de notre quotidien pendant longtemps, il est toujours possible de modifier aussi notre manière de conduire. Si nous ne sommes pas prêts à abandonner la voiture, alors autant la conduire de la manière la plus respectueuse, de l’environnement, d’elle-même et des autres. Nous parlons ici d’éco-conduite. Proche de la conduite défensive, elle s’appuie sur différents conseils allant de la technique de conduite à l’entretien de la voiture, en passant par l’utilisation des instruments de bord.

Elle permet d’économiser du carburant et donc du CO2, de limiter les nuisances sonores, d’alléger les frais d’entretien, d’améliorer la sécurité routière, etc. Vous pouvez retrouver en détail tous ces conseils en cliquant sur le lien suivant : http://www.ecoconso.be/spip.php?article490

Nous vous souhaitons bonne route pour 2009 ! Et surtout, qu’elle soit douce…

Quelques liens utiles :

(1) EURO5 : les normes d’émission Euro fixent les limites maximales de rejets polluants pour les véhicules roulants.
(2) FEBIAC : Fédération Belge de l’Automobile et du Cycle
(3) Transport & Mobility Leuven


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